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Stimuler l’entreprenariat et l’innovation en France – retour d’expérience des Français de l’étranger

Hicham Sabir pour En Marche ! San Francisco

La première circonscription des français de l’étranger peut jouer un rôle important dans la stimulation de l’innovation et la dynamisation de l'entrepreneuriat en France. Durant le quinquennat d’Emmanuel Macron, elle doit en particulier contribuer à apporter des propositions sur la digitalisation des services publics, la transition vers l’économie numérique et la réforme du marché du travail.

Concentrant plus d’un tiers des investissements mondiaux de capital risque, la Silicon Valley, entre San Francisco et San José en Californie, est depuis deux décennies l’épicentre des innovations les plus transformatives et le siège des sociétés les plus importantes, particulièrement dans les technologies et services mobiles et numériques. Près de la moitié des startups dont la valeur dépasse le milliard de dollar (unicornes) sont basées dans la région. D’autres métropoles d’Amérique du Nord connaissent une croissance rapide de l’activité entrepreneuriale; notamment Boston, New York, Austin, Seattle, Chicago aux Etats-Unis et Vancouver et Montréal au Canada, tissant un réseau important d’innovateurs, d’investisseurs, de multinationales et d’acteurs publics. La France doit arriver à tirer parti de l’expérience des Français qui y résident et participent à leur essor économique.

Afin de rivaliser avec ces métropoles, la France doit d’abord regrouper ses forces autour de Paris pour permettre de créer un hub de taille suffisante, et de coordonner un grand plan d’investissement européen avec la création d’un fonds européen de financement en capital-risque. Elle se devra aussi d’harmoniser des règles au sein d’un "marché unique du numérique" et lancer des réformes en faveur de l’investissement dans les startups et PME, favorisant ainsi l’entreprenariat.

Un des chantiers principaux pour favoriser l’entreprenariat en France doit en effet concerner l’accès au capital. Alors que les entrepreneurs de la Silicon Valley ne considèrent plus la recherche de financement comme la principale difficulté au développement de leur startup, seuls 17% des entrepreneurs français sont de cet avis et 75% d’entre eux dénoncent une détérioration des conditions d’accès à des prêts bancaires. Pour les startups et PME arrivant à maturité, le volume d’investissement en France par introduction en bourse, ne représente que 0.05% du PIB, près de cinq fois inférieur à la moyenne des pays du G20. 

Malgré les difficultés qui persistent, nous pouvons déjà être fiers des progrès réalisés depuis quatre ans. Inspirés par le modèle des investisseurs providentiels (angel investors) américains, de nombreux entrepreneurs devenus investisseurs ont créé des fonds d’investissements tels que Kima Ventures, Jaina, Isai qui investissent en fonds propres dans des startups françaises. La création de la Banque Publique d’Investissement (BPI) a aussi permis de faciliter leur accès au capital en fournissant des garanties de prêt, cofinancement, emprunts directs et investissement en capital. En 2016, la BPI a injecté 24 Md€ dans l’économie dont 8 Md€ de prêts bancaires garantis, 14 Md€ de crédits et aides mobilisés pour les entreprises et 2 Md€ d’investissement en capital. Les Assises de l'Entrepreneuriat ont aussi permis de définir un certain nombre de mesures qui favorisent l’accès des entrepreneurs aux financements privés, notamment la suppression de l’indicateur “040” de la banque de France, le lancement d’EnterNext, la mise en œuvre du « PEA – PME », le développement de la finance participative et la valorisation du capital risque et intrapreneuriat d’entreprise (corporate venturing).

La France souffre par ailleurs d’une sur-taxation du travail, plus de deux fois supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Ces charges salariales sont particulièrement pénalisantes pour les startups qui, de par la nature des marchés où l’acteur le plus large a un avantage stratégique (winner-takes-all), sont forcées de croître rapidement. Le Crédit d'Impôt pour la Compétitivité et l'Emploi a déjà commencé à s’attaquer au coût du travail pour les startups et PME mais doit être rendu plus spécifique. D’autres mesures comme l’exonération des cotisations sociales pour les emplois orientés vers l’innovation, la mise en place d’une nouvelle fiscalité des plus-values ainsi que la fin de la dégressivité de l’exonération de cotisations sociales pour les Jeunes Entreprises Innovantes (JEI) vont dans le bon sens et doivent dorénavant être intégrés à une stratégie entrepreneuriale globale plus cohérente.

Alors que la France demeure un leader mondial dans l’innovation, basé sur des investissements en Recherche et Développement largement au-dessus de la moyenne ainsi que sur  un système éducatif performant, la majorité de ces investissements sont réalisés dans le secteur public, alors que c’est le secteur privé qui est le plus à même d’en extraire de la valeur économique et concurrentielle. Il en résulte un déficit d’efficacité de l’investissement français en matière d’innovation. Bien que la France ait rattrapé son retard sur l’Allemagne, en nombre de chercheurs, elle reste très en retard en termes de brevets octroyés à ses entreprises. Le « Crédit d'Impôt Recherche » a pour objectif de rediriger une partie de cet effort en R&D vers le secteur privé.

Il reste aussi d’importants progrès à faire pour encourager une culture de prise de risque et de valorisation des expériences entrepreneuriales. On commence à assister malgré tout à un changement de mentalités avec la sensibilisation au métier d’entrepreneur à l’école et à l’université, la création du label entrepreneur étudiant ainsi qu’une tendance à l’entreprenariat chez les jeunes diplômés.

Forte de son système éducatif et de son système de protection sociale, la France a tous les ingrédients pour devenir une puissance entrepreneuriale mondiale. Avec l’Europe, elle a l’opportunité d’offrir un contrepoids aux hubs américains et chinois en définissant un socle européen commun pour la création de hubs régionaux en FinTech, BioTech, Services numériques, HealthTech, EdTech et GreenTech. Notre circonscription est la mieux placée pour accompagner la France et l’Europe dans cette transformation.

Bien que la fluidité des capitaux et la flexibilité du marché du travail soient des conditions importantes à la réussite de cette transformation, elle ne doit pas se faire aux dépends de la cohésion sociale et de la solidarité, afin de libérer et protéger. Beaucoup, en effet, parmi les français de Californie sont critiques envers les inégalités sociales à San Francisco et Los Angeles et très sensibles aux problèmes endémiques de logement dans la Silicon Valley, aux risques d’embourgeoisement des quartiers historiques, au manque de diversité chez les entrepreneurs et au plafond de verre que les femmes ont à surmonter.

Au-delà des mesures spécifiques, c’est cette envie de rêve, d’innovation et de réussite que nous voulons rapporter en France. Que les marcheuses parlent « women in Tech », que les entrepreneurs restent en France pour y devenir “Angels”, que le volontariat et les ONG soient mieux valorisés et que la réussite personnelle ne soit plus un tabou mais un moteur socio-économique.

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