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Égalité Femme-Homme

Alexia Damois, En Marche ! Montréal

Le progressisme induit le féminisme, c’est pourquoi Emmanuel Macron n’a jamais jugé périlleux de s’affirmer féministe; pour autant, s’il s’est défini comme tel, il n’a pas manqué de préciser qu’il désirait être un féministe reconnu par les femmes. Qu’est-ce à dire ? La réalité des femmes diverge à certains égards de la réalité des hommes, dans les défis constants auxquels elles sont confrontées : poids de la socialisation différenciée, inégalités salariales, difficultés d’accession aux postes exécutifs et aux sphères de pouvoir, sans compter harcèlement et violences sexuelles et conjugales. L’aveu d’humilité d’Emmanuel Macron sous-tend l’idée de limites cognitives dans l’appréhension des difficultés rencontrées par les femmes, autrement dit, n’étant pas directement victime de l’ensemble de ces discriminations, il reconnaît avoir à apprendre plus qu’à enseigner et imposer. Et, pour apprendre, la situation des Français établis à l’étranger peut être une bonne source de connaissances et de remises en question.

Car, le fer de lance du travail des députés de La République En Marche! n’est autre, on le sait, que le renouvellement des pratiques, et, d’une part, ces enjeux en font partie, d’autre part, la circonscription d’Amérique du Nord a beaucoup à offrir. Par exemple, l’un des premiers retours que l’on a des femmes qui s’expatrient au Québec, est la différence de traitement, tant dans le milieu professionnel que dans la vie quotidienne. Outre le traditionnel à Montréal, on n’a pas peur de rentrer seule le soir, l’on entend souvent qu’au Québec, l’on doit moins se battre pour prouver que l’on est légitime dans son travail. Cette légitimité, qui va de pair avec la compétence et non avec le genre, repose sur une multitude de mesures qui tendent à gommer, sur le long terme, les construits sociaux genrés - et datés. Cela passe bien évidemment par la revalorisation des salaires afin d’atteindre l’égalité, mais également par des mesures plus spécifiques, peut-être moins immédiates, telles que les congés parentaux. En effet, l’État-providence tisse une partie des liens unissant les salariés au marché du travail, puisque, si une femme désire fonder une famille, sa carrière sera de fait interrompue pendant une période plus ou moins brève, mais, pourquoi devrait-ce être dommageable ? Les réponses ne sont guère évidentes à trouver, pourtant… Pourtant, avant 2004, un parent n’était pas rémunéré pendant la durée de son congé parental s’il décidait de suspendre son contrat de travail. Or, la socialisation différenciée allié aux écarts salariaux faisaient qu’il incombait à la femme d’arrêter sa carrière - certes, le congé paternité - congé paternité et d'accueil de l'enfant (sic) - avait été instauré deux ans auparavant, mais, il ne s’agissait là que de onze jours consécutifs faisant suite au congé de naissance… En somme, il n’était pas interdit aux hommes de s’occuper de leur enfant et aux femmes de poursuivre leur carrière, mais des obstacles indirects créaient les conditions de cette interdiction, et le cercle vicieux n’en finissait pas. Depuis l’instauration du complément de libre choix d'activité, devenu grâce à la loi du 4 août pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes la prestation partagée d’éducation de l’enfant, permettant à chacun des parents de percevoir des indemnités pendant six mois, faisant donc passer la durée du congé parental à un an, les pères demeurent toutefois plus que minoritaires à arrêter provisoirement leurs carrières, et ce toujours pour les mêmes raisons invoquées il y a dix ans : risques pour la carrière et risques financiers…

Qu’en est-il alors au Québec ? Au Québec, le congé paternité ne dure pas onze jours, mais cinq semaines, semaines financièrement compensées par des prestations du gouvernement provincial, à hauteur de 70% du salaire. Aux congés maternité et paternité s’ajoute qui plus est un congé parental, d’une durée maximale de cinquante-deux semaines, accordées aux deux conjoints - autrement dit, la répartition  de ces semaines ne dépend que d’eux. Ce faisant, selon Statistiques Canada, en 2013, 83% des nouveaux pères avaient demandé un congé parental ou avaient l'intention de le faire, contre 14% en Colombie Britannique ou 11% en Ontario, provinces qui ne bénéficient pas d’un congé de paternité réservé. Autrement dit, les mesures incitatives telles que le congé paternité exclusif (et d’une durée conséquente) ont pour effet de substituer au cercle vicieux un cercle vertueux, et d’entraîner un changement progressif des normes et des repères. Bien évidemment, le modèle québécois n’est pas parfait, sans doute aucun ne l’est-il jamais vraiment, mais, ces réalités ne sont réellement connues qu’à condition de les vivre au quotidien, ce qui fait de l’expérience des Français de l’étranger un apport d’une formidable richesse pour le débat public national, et permet d’envisager de nouvelles solutions à des problèmes qui persistent depuis trop longtemps.

 

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